En scène #1 : High Teen Boogie

Inauguration d’un nouveau format court sur le blog, nommé « En scène » qui, comme son nom l’indique, sera consacré à l’analyse de mise en scène de différentes planches de manga (une ou plusieurs œuvres). Il ne s’agit pas de réinventer la roue ici mais de souligner quelques techniques de mise en page, à travers mes interprétations, qui facilitent ou rendent plus agréable la lecture, sans spoil. On ouvre le bal avec High Teen Boogie (1978-1988) de Kazuko Makino (dessin) et Yukio Gotô (scénario).

Avant de rapidement passer aux planches, une petite mise en contexte s’impose. High Teen Boogie est principalement une romance, entre Momoko Miyashita et Shô Fujimaru. Bonne élève et issue des classes populaires, Momoko va donc croiser la route de Shô, leader d’un groupe de bosôzôku (jeunes délinquants en moto) et riche héritier de l’entreprise familiale. De là s’enchaîneront diverses péripéties impliquant le jeune couple, que l’on n’évoquera pas dans cette rubrique.

Les premières planches qui vont nous intéresser ici sont celles du chapitre 9.

Dans les deux cas, l’autrice choisit de mettre en avant l’évènement principal (le départ de Momoko et la réflexion de Shô) en faisant dépasser les personnages des cases. En plus de souligner son importance via le cadrage, le sens de la marche de Momoko nous indique de poursuivre la lecture à la page suivante. De même, l’élément le plus évident du corps de Shô, sa jambe gauche qui traverse la planche, nous invite à poursuivre la lecture à la case suivante. Ainsi, Makino se sert des passages de la page sur lesquels nous allons focaliser notre attention pour nous montrer où poursuivre la lecture et donc fluidifier celle-ci.

La seconde séquence nous permet de constater l’ingéniosité de Kazuko Makino dans son utilisation des onomatopées. Ce que voulait exprimer Momoko est interrompu par le gargouillement de son ventre. Shô ne comprend pas la phrase et le lecteur non plus, puisqu’elle est engloutie dans l’onomatopée, épouse sa forme et devient incompréhensible. De cette façon, l’autrice nous met dans la position de Shô, qui, dans l’univers du manga, n’entend pas, et utilise les codes du manga pour que nous ne voyons pas. Elle exploite ainsi un sens pour son personnage et un autre sens pour les lecteurs et lectrices, nous mettant dans la même situation. À la page suivante, Shô lui demande de répéter et l’utilisation de l’onomatopée donne tout son intérêt à la question pour nous également.

On termine avec, encore une fois, une utilisation inventive de l’onomatopée ainsi qu’un jeu de lumière. Shô court dans la rue sans se soucier de son environnement et aperçoit les phares d’une voiture au loin. L’onomatopée « FLASH » commence avec le « FLA », suivi des phares. Très rapidement, Shô se retrouve éblouit et l’onomatopée se termine. L’autrice nous met une fois de plus ici sur le même plan que Shô, puisque l’action se déroule selon sa perception du temps. La dernière case lui fait réaliser ce que nous savions déjà : en réalité tout allait très vite. En décomposant son onomatopée, Makino nous donne une indication de temps. La voiture s’est rapprochée le temps de prononcer « FLASH ». Mais pour Shô, tout cela se passe en deux temps et il manque donc de se faire écraser, les lignes de vitesse dans la dernière case appuyant davantage le décalage entre sa perception et la réalité. Makino fait ici un beau parallèle entre notre compréhension de la situation et la temporalité de l’action pour son personnage, en se servant du lettrage, du découpage et de l’encrage.

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